NintenDomaine à la pointe de la technologie:



Tomayo me manque
(Caradox, faut vraiment qu'il arrête de poster bourré)

Conker’s Bad Fur Day

Imaginez un peu la scène. Nous sommes en 1997, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Sur Nintendo 64 s’affrontent déjà deux excellents jeux de plate-forme, Super Mario 64 et Banjo-Kazooie et, alors qu’on attend dans les mois à venir le retour tant attendu de la smala Donkey Kong, une petite équipe de Rare travaille également sur son jeu de plate-formes : Twelve Tales Conker. L’ami Conker, on le connaît déjà, il apparait dans Diddy Kong Racing aux côtés de tous les personnages supra mignons de chez Rare.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
Cro cro meugnooooooooooooon !

Mais là, Rare dit Stop. Est-ce que ça ne va pas faire trop de jeux de plate-forme pour le coup ? L’équipe de Chris Seavor répond non, Conker est différent, il fait plein de choses avec sa queue. La direction dit tant pis et envoie l’équipe peaufiner un certain Jet Force Gemini qui n’attire pas les foules alors que le concept est génial.

En parallèle, la petite équipe GameBoy de Rare reprend tout ce qu’il y avait de beau dans Twelve Tales Conker et prépare Conker’s Pocket Tales. L’histoire ? C’est bien simple, pour fêter son anniversaire, Conker invite sa petite copine, Berri, et prépare un bon gâteau. Mais un méchant gâteau arrive et enlève Berri ainsi que tous les cadeaux de Conker. Le malheureux petit écureuil va donc devoir parcourir tout plein de niveau en usant de ses capacités spéciales (creuser des tunnels pour passer de l’autre côté des barrières, ramasser des noisettes pour les tirer avec son lance-pierres, secouer des arbres, faire du tourniquet avec sa queue) pour retrouver ses cadeaux et sa copine.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
Jeu difficile, univers pas convaincant.

A peu de choses près, Conker ne serait jamais sorti sur Nintendo 64. C’est alors qu’il s’est passé quelque chose d’assez curieux. L’équipe de Chris Seavor qui vient tout juste d’achever Jet Force Gemini en ressort grandi par une forme d’humour noir, bête et méchant qu’il a été possible d’intégrer dans le jeu. Des enfants qui se font écraser par la soucoupe volante des méchantes fourmis de l’espace, du sang qui gicle… on ne peut pas en rester là.

Après quelques semaines passées à boire chaque jour quelques petites quarantaines de bières, un peu de whisky, quelques soupçons de gin et un léger fond de tonneau de vodka, ils décident de reprendre Twelve Tales Conker… Mais hors de question d’en faire un jeu tout mignon déjà vu !

Conker's Bad Fur Day

Le ton est donné tout de suite. Conker’s Bad Fur Day. Il n’existe pas d’équivalent en français pour reproduire le jeu de mot. Jeu de mot basé sur « fur » qui veut dire « fourrure » en anglais. « Bad fur day » pourrait cependant se traduire par « grosse journée de merde ».

Rédigé par Akin, aka Kouingaman
Super héros bien beurré
6/09/2012

Ambiance

Plutôt que de commencer par l’histoire, commençons par l’ambiance du jeu. Parce que s’il y a bien un savoir-faire qui s’est perdu avec le temps (et avec Microsoft), c’est cette faculté qu’avait Rareware de mettre le joueur (et même le spectateur) dans l’ambiance de son jeu. Ici, tout aurait pu commencer bien. Mise à part la mise en garde qui suit l’allumage de la console (« for mature audiences only »), tout allait pour le mieux pour le gentil petit logo N de la Nintendo 64 qui se tenait sous les feux des projecteurs. Mais alors que la musique change, le pauvre logo se met à avoir peur. Et c’est là qu’intervient Conker, armé de sa tronçonneuse. Il déchiquète le logo N en deux, le fait valser dans le décor en l’insultant, fait voler sa tronçonneuse à travers la pièce pour faire la place au grand, au beau logo Rare tout brillant de partout.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
A gauche : « stupid logo ! » à droite « marvelous. »

Les plus fins psychanalystes du web ont vu en cette intro les prémices du divorce entre Rare et Nintendo. Ceux-là n’ont pas dû aller plus loin que cette minuscule intro puisque tout le jeu repose sur ce type d’humour sadique et ambivalent à prendre au troisième ou quatrième degré.

Sauf que là, 20 secondes après avoir allumé votre console pour la première fois, vous ne le savez pas encore.

Passé l’écran de sélection des parties qui se déroule dans une taverne où l’on peut croiser un diablotin en train de se réchauffer auprès du feu ou une faucheuse en train de se morfondre seule à une table, vous pouvez lancer la partie. Le jeu commence sur l’air des funérailles de la Reine Mary, un morceau de musique classique signée Henry Purcell… exactement la même musique que pour la scène d’ouverture d’Orange Mécanique, le film psychobarré de Stanley Kubrick qui a traumatisé toute une génération de cinéphiles.

« Hé oui, c’est moi, Conker le Roi. Roi de tous le pays. Qui l’eut cru ? Mais comment en suis-je arrive là, vous dites-vous ? Et qui sont ces types bizarres autour de mon trône ? Ils sont plutôt moches à vrai dire. En fait, c’est une longue histoire. Approchez-vous et je vais vous raconter. Tout a commencé… hier. Quelle journée. C’est ce que j’appelle une bonne grosse journée de merde. »

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La mémorable scène d’intro

Le jeu s’enchaine donc dans un univers mignon et coloré où vous maniez un petit écureuil tout mignon et coloré… et bientôt armé d’une poêle à frire pour faire gicler le sang jusqu’à ce qu’il éclabousse la caméra. Mais comme cela ne suffit pas, il faudra passer par des insultes parfois très imagées, du sexe, de l’alcool, de la drogue jusqu’à l’apothéose en boite de nuit à pisser sur les danseuses.

Le tout s’imbrique de manière plus ou moins farfelue sur fond de parodies à la chaîne. Tout y passe. Orange Mécanique pour commencer, oui, mais d’autres monuments du septième art (plus que de la littérature) sont littéralement dégradés pour nous faire rire. Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, Dracula de Francis Ford Coppola, Matrix de Andy et Larry Wachowski, Alien de Ridley Scott puis de James Cameroun et bien d’autres encore. Même Walt Disney en prend pour son grade avec l’image de la méchante et capricieuse panthère vêtue de rose qui boit son petit lait. Et je ne parle même pas des références parfois plus discrètes à Pulp Fiction de Quentin Tarantino, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, Retour vers le futur de Robert Zemeckis, Jurassic Park de Steven Spielberg, Terminator de James Cameroun…

Ce qui n’est pas issu d’un film pourrait passer pour de la parodie de jeu vidéo, jeux Rareware inclus. Entre les blocs de pierre qui sautent en poussant un cri d’effort insoutenable, les panneaux qui indiquent la direction à suivre pour aller chez les gentils ou chez les méchants, la résolution scénaristique pour trouver une raison d’être aux continues (quand on n’a plus de vie), le combat final qui enchaîne les shôryukens et les vols à la manière de Bowser dans Super Mario 64…

Et tout cela sans parler des quelques caméos qui viennent montrer le bout de leur nez, à commencer par Banjo dont la tête est exposée comme trophée de chasse dans le bar, ou Kazooie qui sert de parapluie.

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Bullet Time et Raptor byte

Reste à parler des personnages qui sont très souvent la parodie d’eux-mêmes. Un épouvantail ivrogne qui ne se souvient plus des conseils qu’il a à donner, une reine des abeilles tellement grosse et tellement chiante que son mari s’est enfui pour batifoler avec un tournesol à gros seins, une vache qui fait de la poésie avant d’aller brouter son herbe, l’allégorie de la mort qui a horreur des chats à cause de leurs neuf vies, un homme de Cro-Magnon qui ne fait que ugabougater sur sa grosse bite… on a même droit à un pot de peinture qui fait du sarcasme et à son pote le pinceau qui n’arrête pas de répéter ce qu’il dit. Sans oublier le célèbre grand méchant caca et sa voix de « sloprano ». Et vous ne manquerez pas de monter sur le dos d’une fourche dépressive pour vaincre une terrible botte de pailles qui sème la terreur dans la grange. Tout ça pour récupérer quelques liasses de billets qui refusent d’être portés dans les poches arrières des jeans de peur qu’on leur pète dessus.

Ah, un dernier petit truc concernant l’ambiance du jeu. Le quatrième mur, ça vous dit quelque chose ? Concept bien connu des joueurs de Metal Gear Solid : à un moment dans le jeu, il apparaît que les personnages savent qu’ils sont dans un jeu vidéo. Metal Gear Solid pousse le bouchon loin en forçant le joueur à interagir avec le monde réel pour avancer ou en lisant le contenu de la carte mémoire pour savoir si le joueur joue à d’autres jeux de chez Konami. Ici, Conker sait qu’il est dans un jeu, il sait qu’il est observé (il regarde souvent la caméra) et s’adresse même aux développeurs du jeu ainsi qu’au compositeur pour exiger qu’on lui modifie deux ou trois trucs qui ne lui plaisent pas. J’adore.

Oui, il faut le dire : la bière ne suffit pas à imaginer autant de connerie.

Et ça va se terminer dans un bain de sang, c’est moi qui vous le dit.

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Dialogue banal entre deux chauve-souris

Histoire

En y repensant, raconter l’histoire de Conker’s Bad Fur Day, c’est un peu comme raconter celle de Wold of Goo ou essayer de faire un roman improbable qui recoupe l’histoire de Star Wars et les contes des frères Grimm dans l’univers d’Asterix. Mais j’aime me lancer des défis.

Tout commence donc par une soirée bien arrosée. Conker, qui vient de se faire des amis dans son troquet, appelle sa copine Berri (qui est devenue une lapine depuis 1997) pour lui dire qu’il risque de rentrer tard. Puis il paie sa tournée. Après plusieurs litres d’éthanol, Conker pense à rentrer chez lui. Il ne marche pas droit, vomit sur le moine qui se trouvait par-là et part à la recherche de sa maison. Mais il ne la trouve pas et va s’endormir au fin fond d’une vallée.

PENDANT CE TEMPS !!!!!! (oui, je le mets comme ça parce que la transition vaut son pesant d’hydromel dans le jeu), le méchant roi panthère des contes de fée, assis sur son trône, constate qu’il lui est impossible de poser son verre de lait sur sa petite tablette puisque celle-ci se penche et laisse tomber le lait. Il fait donc appel à un savant fou, cul-de-jatte avec un accent de l’Est survivant de la dernière guerre et torturé à coups de bande adhésive. Celui-ci, après une étude approfondie de la question, déduit que si la table penche sous la pression exercée par la masse du verre de lait à moitié vide, c’est parce qu’il lui manque un pied. Conclusion : il faut remplacer le pied manquant. Comment ? Pas avec un éléphant, ni rien du tout, non, avec un écureuil roux. Et pas n’importe lequel. « Cet » écureuil roux en particulier.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
La vie de château

De son côté, Conker, le fameux écureuil roux, se réveille avec une gueule de bois à faire trainer sa langue par terre. Heureusement, avec l’aide d’un félipou complètement bourré, il parvient (après avoir ingéré un cachet d’aspirine) à regagner les hauteurs. Après s’être débarrassé d’une gargouille qui refusait de quitter son pont d’architecture gothique, il arrive sur les terres de Windy, un pays fabuleux où les guêpes et les abeilles se disputent une unique ruche autour d’une montagne de caca qui donne directement sur un manoir hanté à proximité de la plage d’où partent les soldats pour la guerre contre les ours en peluche allemands.

Conker réussira-t-il à rentrer chez lui ou deviendra-t-il millionnaire à force d’aider tous les abrutis de service qui réclament son aide rien qu’en le voyant (mais qui paient bien pour les services rendus) ? Ou finira-t-il bâillonné comme un jambon entre le sol et la table du Roi Panthère des contes de mamie ?

Normalement vous le savez déjà puisque la scène d’intro se passe dans la salle du trône et c’est Conker le Roi. Quel rapport entre tout ça, le soldat Ryan et Dracula ? Hé ben vous n’avez plus qu’à jouer pour le découvrir.

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C’est ainsi que Rare rejoignit Microsoft…

Tien au fait…

Maintenant que vous connaissez Conker’s Bad Fur Day… Saviez-vous que Nintendo avait refusé de le localiser sur deux territoires. Et devinez lesquels : le Japon et l’Europe. Ca fait bien vis à vis de Rareware qui est basé en Angleterre.

Conker's Bad Fur DayEn fait, Nintendo Japon a vu le jeu d’un mauvais œil et a pensé que le public japonais, peu réceptif aux jeux occidentaux, ne se jetterait pas sur Conker. Et à l’époque, pour Nintendo, distribuer un jeu qui ne serait potentiellement pas un million seller dans la semaine, c’était hors de question. Nintendo of America a dû exploser de rire en voyant le jeu et n’a pas imaginé une seule seconde que ça puisse être interdit. Le jeu est sorti en mars 2001 comme il était initialement prévu, mais en très faible quantité (on table sur 60 ou 70 000 ventes au total en Amérique). De son côté, le tout jeune Nintendo of Europe avait du mal à trouver une raison valable pour localiser ce jeu. Il y a probablement plusieurs raisons à cela.

Première d’entre elles, l’image de Nintendo en Europe était très puérile (Pokemon, Mario et tout ça). Deuxième, Nintendo of Europe venait tout juste d’être monté, ça faisait un peu tâche d’avoir un jeu trash et scatophile à son palmarès après un an d’activité. Troisième, Nintendo of Europe est, historiquement, la filiale allemande de Nintendo… et l’Allemagne en prend pour son grade dans Conker’s Bad Fur Day… imaginez la scène où il faut échapper aux teddiz germanophones planqués dans leurs bunkers et armés de fusils à baïonnette pour rejoindre un panneau qui indique la direction de la Tour Eiffel sur l’air de La Marseillaise. Comment dire… Et puis la raison officielle, c’est que le jeu ne trouverait pas public en Europe et qu’il couterait trop cher à traduire au vu de la quantité de textes et d’enregistrements qu’il contient, voilà.

Du coup, c’est THQ qui a localisé le jeu en territoire PAL. Très simplement, sans rien traduire du tout, le jeu est intégralement en anglais d’origine. Je ne sais pas combien de copies ont été distribuées, mais ça ne devait pas être beaucoup. On parle de 40 000 au maximum. A tel point que THQ s’est permis de vendre le jeu à prix d’or. Pour info, le prix normal d’un jeu N64, en France, était de 400 francs (60€ en 2001). Hé bien Conker était à 600 francs (91,45€ en 2001 et l’équivalent de 120€ dix ans d’inflation plus tard ^^). Ca fait mal au trou de balle.

C’est aujourd’hui une pièce de collection, d’ailleurs. Il n’a pas dû s’en vendre plus de 100 000 exemplaires à travers le monde. A côté, tous les jeux Nintendo 64 à part Superman sont des million sellers. Ca fait réfléchir. Si vous l’avez avec boite et notice et que vous voulez devenir millionnaire, il existe de très bons sites internet qui….. Bref.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
Ach !

Mais ça se joue comment ?

Tiens mais c’est vrai ça. A parler de tout et de rien, on en oublierait presque que Conker est un jeu vidéo ! Alors comment ça se joue ? Ben avec la manette, pardi.

Les commandes du jeu sont on ne peut plus basiques, pour ne pas dire traditionnelles, vues et revues. S’il n’avait pas son côté décalé, Conker’s Bad Fur Day serait vraiment un jeu banal et presque sans saveur du point de vue de la maniabilité. Un bouton pour se baisser, un pour sauter, un autre pour donner des coups, les boutons C pour déplacer la caméra… Rien de bien folichon.

Là où ça se complique un peu, c’est dans l’apparition des zones « Context Sensitive… er… actually, er… it’s sensitive… to context ». Ces zones, qui apparaissent avec un gros B dessiné dessus et une grosse ampoule lorsque Conker marche dessus, produisent des actions liées au contexte. Rien de très sorcier, c’est une mécanique des plus simplistes qui, schématiquement, fera apparaître ce dont vous avez besoin au moment où vous en avez besoin. Lance noisette, enclume, cachet d’aspirine, détonateur TNT, livret d’instruction, pilules pour prendre confiance en soi et retirer enfin ses petits brassards quand on nage… Tout est prévu. Le plus difficile est parfois d’atteindre la zone Context Sensitive. Et parfois, celle-ci n’est pas indiquée par le socle avec un gros B dessus mais simplement par l’ampoule au moment où il faut. On s’y fait très bien.

Rien de particulier à dire d’autre, à part peut-être votre arme principale, la poêle à frire, que vous pouvez sortir à tout moment pour faire gicler un peu de sang. Il faut savoir que les ennemis ne sont pas nombreux dans le jeu. Une fois que vous les avez tués, ils ne réapparaissent pas. L’aventure n’est qu’une succession de phases de plate-formes, de zones Context Sensitives et de dialogues pouvant durer jusqu’à 10 minutes. Tout est entièrement scénarisé rendant le jeu particulièrement linéaire. Rien ne vous empêche de revenir dans la plupart des niveaux que vous avez visités, mais ça ne sert généralement à rien.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
Context Sensitive !

Bref, avec une prise en main facile et des plus instinctives, aucune manipulation compliquée et un jeu pour le moins guidé, ce n’est clairement pas la difficulté qui va vous empêcher d’avancer… quoi que celle-ci est pour le moins mal dosée.

Il y a deux formes de difficulté dans ce jeu. La deuxième, la plus bête et méchante, c’est simplement qu’à certains moments du jeu, vous pouvez mourir pour pas grand-chose. Et ce n’est pas uniquement à la fin du jeu que ça va vous arriver. Parfois, votre lenteur peut vous être fatale, ou inversement. Entre dosage et technique, certaines phases vont nécessiter d’être recommencées plusieurs fois avant de bien comprendre. Quant à la première forme de difficulté, c’est que vous serez parfois jeté dans la nature sans trop savoir quoi faire… et avouons-le, si vous ne parlez pas anglais couramment, certains passages pourtant simplistes vont vous donner du fil à retordre.

Conker's Bad Fur DayOn est cependant très loin de la difficulté horripilante de certains jeux et, en vous débrouillant bien, vous terminerez l’aventure en une petite quinzaine d’heures. Ce qui n’est pas immense pour un jeu de plateformes, il faut le reconnaître. Heureusement, le jeu se découpe également en chapitres qu’il vous sera possible de refaire à tout moment depuis la taverne sans vous soucier de ce qu’il y avait avant. Il devient alors aisé de se refaire le combat contre The Great Mighty Poo juste en sélectionnant le chapitre. C’est donc l’occasion de se confronter à des scènes d’anthologie quand on en a envie et ça c’est plutôt cool.

Et pour terminer sur cette question, ajoutons un mode multijoueur. Rien de bien transcendant, ça repart un peu sur les mêmes bases que dans Jet Force Gemini. Un gameplay un peu capricieux pour un écran scindé en quatre, ça fait un peu mal. Si l’intérêt ludique du mode multijoueur reste encore à prouver, l’intérêt humoristique, lui, ne fait que compléter le palmarès déjà grandiose des blagues pourries, vénales, scatophiles et noires que contient l’aventure principale. Pour moi, l’humour noir prend toute sa splendeur dans le mode « plage ». Déjà vous pouvez choisir le niveau de l’IA, entre « crap » et « Einstein ». Puis les Frenchies (des chats) doivent traverser la plage sans se faire flinguer par les « Teddies » embusqués dans leur bunker. Selon l’équipe qui gagne, on a une cinématique différente. En cas de victoire des Frenchies, les chats sautent de joie devant un panneau qui annonce que la Tour Eiffel se trouve à 10 Km. Si ce sont les Teddies qui gagnent, on voit les Frenchies enfermés dans un camp de concentration et les Teddies qui marchent au pas… Fallait oser quand même !

Au final, le mode multijoueur est un peu comme l’aventure solo. On ne le fera pas pour son côté ludique qui est relativement pauvre mais pour l’humour qui lui, est bien présent… et assez impertinent.

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L’utilisation d’armes et notamment en multijoueur, change la façon d’appréhender les mouvements.

Bon, on parle technique, maintenant

Expansion Pak inséré, cartouche de 512Mb (64Mo), son Doldy Pro Logic activé et kit vibration branché, vous allez envoyer du rêve.

Selon la presse américaine, Conker’s Bad Fur Day est le jeu graphiquement le plus abouti de la console notamment grâce à sa gestion dynamique des ombres. C’est en tout cas le seul jeu Nintendo 64 à ne pas afficher le moindre brouillard. Et pourtant les champs sont relativement étendus, plus que dans The Legend of Zelda : Majora’s Mask qui, lui seul, pourrait souffrir de la comparaison.

Les décors sont absolument magnifiques et d’une variété jamais vue sur la console… et peut-être même pas après. En exagérant un poil, je dirais que vous ne croiserez pas deux fois la même texture. C’est presque vrai, hein ! Car non seulement les différents niveaux passent du tout au tout, mais au sein même d’un niveau, vous trouverez des zones qui ne ressemblent pas à leurs voisines. Impressionnant, vraiment !

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
La modélisation au service du joueur ^^

Les personnages, eux, sont modélisés du mieux possible et se paient le luxe d’avoir un moteur d’expressions faciales des plus convaincants. Les dialogues étant tous doublés, vous verrez les personnages parler, bouger leurs lèvres en fonction de ce qui est dit. Ca s’était légèrement vu dans quelques jeux sur Nintendo 64, notamment Turok 3 : Shodow of Oblivion, mais c’était moche, on voyait les polygones s’entrechoquer et des vides se créer dans les joues des personnages. Non, ici, c’est quasiment parfait ! Bouche, yeux, sourcils… même les oreilles bougent en fonction des émotions des personnages. Du grand art !

Et pour ce qui est des animations… bon on sent tout de même que la N64 est au max, là. On ne peut pas dire que ça aille vite. Mais ça se fait sans trop de saccades et en minimisant les ralentissements. Il faut vraiment aller les débusquer, ceux-là. Bref, sur le plan de l’affichage, on est là devant un jeu parfaitement abouti. Certainement le plus beau jeu de la console. Des productions Dreamcast ou PlayStation 2 de la même année auraient presque pu en rougir. Chapeau les artistes !

Au niveau sonore on a du lourd également. Déjà le jeu est intégralement doublé. Bon ce n’est pas une révolution ni sur N64 ni ailleurs, mais ça vaut le coup d’être noté tant c’est rare, aujourd’hui encore, dans les productions proches de chez Nintendo. Je ne sais pas combien d’heures de doublage se trouvent sur la cartouche, en tout cas il y en a beaucoup. La qualité des enregistrements n’est pas de plus bluffantes, on sent que ça a été compressé, mais ça marche plutôt bien. Les doubleurs, peu nombreux, se sont complètement lâchés dans leurs interprétations des rôles des personnages. Entre Conker et son cheveu sur la langue, le professeur et son accent germanique à couper au couteau, Dracula qui parle avec un accent roumain tellement prononcé que même le sous-titrage ne sait plus comment ça s’écrit… Royal.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
Ou comment passer du coq à l’âne…

Et en ce qui concerne les musiques, la plateforme MIDI de la N64 est utilisée à fond. Multiples instruments, voix, déformations sonores… tout y est et les compositions de Robin Beanland se prêtent carrément au jeu. Il reste que ça aurait pu être orchestré mais Rare n’avait pas d’orchestre à l’époque… ça a changé dès Star Fox Adventures sur GameCube et, à plus forte raison, avec Kameo Elements of Power sur X-Box 360. M’enfin là, pour du synthétique, ça rend quand même pas mal. Un léger travail sur les basses aurait certainement rendu le tout un peu plus classe… Mais bon, les limites du système sonore de la N64 se font quand même sentir.

Cela dit, le fait de bosser en MIDI permet quelque chose qu’on ne trouvera plus dans le remake du jeu sur X-Box : il n’y a pas un seul vide sonore. En passant d’une zone à l’autre, l’enchaînement des musiques se fait naturellement pendant le (très court) temps de chargement… chose qui fera cruellement défaut à la version X-Box malgré ses MP3 absolument magnifiques.

En gros, côté sonore, c’est encore du tout bon, avec plusieurs thèmes marquants tout au long de la partie. L’ambiance sonore n’est pas en reste, avec une utilisation des plus poussées du son surround pourvu que l’on soit équipé. De la vraie bonne bande son signée Rare sans pour autant évoquer Donkey Kong ou Banjo-Kazooie.

Et quelle audace d’avoir fait un boss qui chante de l’opéra… surtout si ce boss est un gros caca.

Conker's Bad Fur Day Conker's Bad Fur Day
J’adore cet humour ^^

En bref…

Histoire : 19/20
L’histoire est archi nulle, faut le dire. Mais l’univers et l’ambiance font le reste… à vrai dire ce sont même eux qui font tout dans ce jeu. L’imagination dopée à l’éthanol des programmeurs ne souffre d’aucun superflu. Si ce n’est quelques passages un peu trop poussés qui privent toute la jeunesse de ce jeu merveilleux.

Graphismes : 20/20
Tout simplement magnifique. Rien n’a été laissé au hasard, on sent que le travail a été énorme.

Musiques et sons : 20/20
Musiques géniales, sons parfaits, voix désopilantes. Pour pousser le bouchon encore plus loin, Robin Beanland s’est également occupé de la mise en scène du jeu pour que les musiques collent aux cinématiques. Comme au cinéma.

Gameplay : 14/20
C’est loin d’être l’intérêt du jeu. C’est agréable à jouer, facile à prendre en main… Mais c’est tellement banal pour ne pas dire cliché que ça n’a finalement pas beaucoup de saveur. D’autant plus que l’aventure est particulièrement linéaire.

Durée de vie : 16/20
Une quinzaine d’heures, c’est peu pour un jeu de plateformes et d’aventure (du moins à l’époque). Le mode multijoueur n’apporte pas grand-chose. Seul le plaisir de se refaire certaines scènes sauve la mise.

Conker's Bad Fur Day

Note finale : 19/20
Du grand art. Du grand Rare. Ces mecs ont été capables de créer un mythe du jeu vidéo sans histoire et avec un gameplay qui n’a rien d’intéressant. Une façon de dire que même si on a l’impression d’avoir tout inventé dans les jeux vidéo, il y a toujours moyen de détourner le regard des gens pour que le manque d’originalité d’un soft soit relayé au rang des défauts mineurs.
Au chapitre des reproches, on pourra dire que Conker’s Bad Fur Day axe son intérêt davantage sur le plaisir de la narration que sur le plaisir du jeu en lui-même, et ce malgré quelques phases de carnage totalement gratuites et jouissives.
Mais il tire son épingle du jeu en osant franchir des barrières que d’autres avaient imposées, en osant montrer ce que personne ne veut montrer, en osant aborder des thèmes qui sont tabous dans l’univers du jeu vidéo. Une initiative qui n’a malheureusement pas fait d’émules mais qui fait qu’heureusement, même dix ans plus tard, Conker’s Bad Fur Day demeure intact, intouché et intouchable. C’est un mythe. Et son remake sur X-Box ne lui arrive même pas au poil du cul du petit orteil de la cheville. Dommage qu’ils aient cherché à le modifier pour rajouter quelques blagues pas drôles.

Akin

Et pour finir, tous en chœur dans le métro parisien !

 

Conker's Bad Fur Day

Compositeur : Robin Beanland
Durée : 4,41 minutes
Taille : 6,61 Mo - Télécharger

I am the great mighty poo
And I’m going to throw my shit at you.
A huge supply of tish
Comes from my chocolate starfish.
How about some scat, you little twat ?

Do you really think you’ll survive in here ?
You don’t seem to know witch creek you’re in.
Sweet corn is the only thing that makes it through my rear
How d’you think I keep this lovely grin ?
(Have some more caviar)

Now I’m really getting rather mad
You’re like a niggly tickly shitty little tag nut.
When I’ve knocked you out with all my bab
I’m going to take your head and ram it up my butt…
« Your butt ? »
My butt !
« Your butt ??? »
That’s right, my butt !
« Errr… »
My butt !
« Errr ! »
My buuuuuuut !

Aaah ! You, cursed squirrel, look what you’ve done !
I’m flushing, I’m flushing !
Oh what a world, what a world.
Who’d have thought a good little squirrel like you could destroy my beautiful clagginess ?
Ah, I’m going !
Aahh, nooooooooo ! Haaaaaaaaaaaaa !


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